Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

 

Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

EXTRAIT

La prodigieuse aventure de Tillmann Ostergrimm

 

[...]

La curiosité empêcha tout d'abord Tillmann de se demander par quel étrange phénomène il voyait soudain aussi facilement par-dessus les adultes qui se trouvaient devant lui et qui, normalement, le dépassaient tous d'une tête.

Ce fut l'enfant assis sur les épaules de son père qui donna l'alerte.

La bouche grande ouverte, et tourné vers Tillmann qui se trouvait désormais à la même hauteur que lui, il se désintéressait du spectacle.

– Hé! cria-t-il d'une voix sonore. Papa, regarde !

Le père pivota d'un quart de tour, considéra Tillmann et s'écria à son tour :

– Hé! Qu'est-ce qu'il fait, celui-là ?

En même temps, il fit un saut de côté, comme un cabri qui veut échapper aux dents du chien.

– Hé! reprirent les gens alentours, et eux aussi s'écartèrent de quelques mètres.

Une femme poussa un cri strident et cacha son visage dans ses mains. D'autres firent le signe de croix. Les spectateurs qui étaient devant se retournèrent les uns après les autres et la stupeur les figea. Les comédiens, que personne ne regardait plus, cessèrent leur pantomime. Quand tout le monde fut à une distance respectable de lui, Tillmann Ostergrimm s'avisa de l'incroyable réalité :

Il se trouvait au milieu d'un cercle d'une cinquantaine de personnes stupéfaites.

Il flottait à plus de deux mètres du sol.

Il ne s'appuyait à rien du tout.

 

Il resta ainsi en suspension, encore plus ahuri que ceux qui le regardaient. C'était une sensation infiniment agréable, mais très gênante aussi. Tillmann, garçon discret par nature, n'aimait pas attirer l'attention. Là, il était servi ! Il plia et déplia ses jambes dans le vide, il activa ses bras et brassa lentement l'air autour de lui, puis il se plia un peu en avant, mais ces mouvements ne le firent pas redescendre d'un pouce. En revanche, l'effet produit sur les spectateurs fut immédiat. Aussi longtemps qu'il était resté immobile, ceux-ci avaient pu croire à une tromperie. Or voilà qu'il bougeait librement, preuve qu'il n'était tenu d'aucune manière, et ceci les épouvanta.

– Excusez-moi… bredouilla Tillmann. Je vais… je…

Le son de sa voix ajouta encore à leur terreur.

– Descends ! brailla quelqu'un.

Tillmann aurait bien aimé le satisfaire et redescendre de la même façon qu'il était monté, mais comment s'y prendre puisqu'il ne pouvait se repousser à rien, puisqu'il flottait dans les airs.

– Va-t-en ! reprit un homme, et il lui jeta un bâton.

Tillmann le reçut sur le poignet et poussa un cri de douleur.

– Oui, va-t-en ! Pchchch ! firent les autres comme pour chasser de leur vue un spectre et, tout en restant à distance, ils lui lancèrent ce qui leur tombait sous la main : une pomme à demi croquée, un morceau de bois, un beignet, une chaussure même qui l'atteignit à la tempe.

– Arrêtez ! gémit Tillmann. Vous me faites mal !

Un garnement d'une quinzaine d'années, sale et à moitié ivre, s'enhardit jusqu'à lui. Il le saisit à la cheville, sans doute dans le but de le tirer vers le bas. Mais il n'en eut pas besoin: dès que Tillmann fut touché, il chuta comme une pierre, dégringola sur le garçon et l'écrasa sous son poids. L'autre se mit à pousser des hurlements de cochon qu'on égorge :

– Aïe ! Il m'a cassé les reins ! À l'aide !

Ses compères, à peine plus âgés, s'avancèrent pour lui porter secours. Certains retroussaient déjà leurs manches et crachaient par terre. Tillmann bondit sur ses jambes, repoussa le blessé qui tentait de l'agripper par la veste et décampa.

Il alla droit devant lui, s'engouffrant dans le passage que lui ouvraient les gens encore sidérés par le prodige auquel ils venaient d'assister.

– Rattrapons-le ! cria un des voyous.

Tillmann fila sans se retourner le long de la petite rue par laquelle il était arrivé. Derrière lui, ses poursuivants s'étaient lancés dans une galopade sauvage et leurs cris résonnaient dans la nuit :

– Attends-nous, l'oiseau ! T'envole pas !

[...]